LE COR D'OLDENBOURG (corne à boire) (Source Wikipedia) |
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L'Oldenbourg a été un état indépendant de 1088 à 1945, d'abord en tant que comté, puis duché, grand-duché et enfin Etat libre après l'abolition de la monarchie en 1918. Jusqu'à cette date, tous ses souverains sont issus de la maison d'Oldenbourg qui à également donné des monarques au Danemark, à la Norvège, à la Russie et à la grèce, entre autres. | |
Othon 1er est comte d'Oldenbourg de 1209 à sa mort en 1251. | |
La légende raconte que le premier Oldenbourg, le comte Othon, lors d’une chasse, rencontra une belle jeune fille qui lui tendit la corne à boire et lui demanda de se désaltérer. Raisonnablement, il jeta la boisson et la garda. Cependant, la corne d’argent dorée et émaillée, ornée de motifs architecturaux, d’inscriptions religieuses et d’armoiries, n’a été exécutée que vers 1465. On peut supposer qu’il s’agissait d’un cadeau à la cathédrale de Cologne de la part du roi Christian Ier lors de son voyage à Rome en 1474. Après la Réforme, il revint à la famille et, en 1690, le roi danois le fit transférer d’Oldenbourg à la Kunstkammer de Copenhague. |
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Copie d’une corne à boire du XV° siècle | |
Conservée depuis 1824 au château de Rosenborg, cette œuvre a été réalisée à Copenhague vers 1860. Comme l’originale, elle constitue une prouesse tecnique avec ses savants décors et sa centaine de petits personnages. Cette corne, symbole de la famille comtale d’Oldenburg, apparait dans le recueil de chansons folkloriques, « DesKnaben Wunderhorn » Le cor enchanté de l’enfant, écrit par Clémens Bretano et Achim von Arnim, puis mis en musique par Gustav Malher. | |
Visite du Château de Rosenborg > Elfenben og rav på Rosenborg - Kongernes Samling |
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LE
COR
DE CHASSE
D'OLDENBOURG |
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Il était une fois un comte du nom d'Othon, qui avait pour fief le comté
d'Oldenbourg.
Son plus grand plaisir était la chasse, et ce qui lui agréait le plus
était de poursuivre sur son cheval rapide les cerfs et les chevreuils,
le javelot à la main.
Il arriva qu'un jour il se trouva en chasse avec beaucoup de ses
gentilshommes et de ses serviteurs, et voulut courir le gibier dans la
forêt de Bernefeuer. Comme le comte, en relançant un chevreuil, s'était,
dans l'ardeur de la poursuite, éloigné de son escorte, on le perdit
bientôt de vue, faute de pouvoir aller du même train, parce qu'il
montait un cheval d'une vitesse sans égale. Mais si agile qu'il fût, le
chevreuil était plus agile encore, et le comte pourchassa la bête
fugitive jusqu'au sommet de l'Osenberg. Là, il disparut sans laisser de
traces, et le comte se trouva tout seul avec son cheval blanc sur le
haut de la montagne, et regarda tout autour de lui pour voir où étaient
ses chiens, qu'il avait aussi laissés en arrière. Il n'entendit même pas
leurs aboiements : d'où il put conclure qu'il devait être bien loin de
sa suite.
La journée était chaude, et le soleil dardait ses rayons brûlants sur la
montagne. Le comte avait une telle soif après cette chevauchée
frénétique, qu'il soupira et dit : "Ah ! Dieu! Si j'avais seulement une
goutte d'eau! »
A peine avait-il prononcé ces mots que 1’Osenberg s'ouvrit et qu'une
vierge admirablement belle en sortit. Ses formes gracieuses étaient
parées de vêtements magnifiques tout brillants de broderies d'or et
d'argent et de diamants ; ses cheveux d'un blond cendré tombaient en
boucles sur ses blanches épaules, et une couronne de fleurs au suave
parfum ornait sa tête. Dans sa main elle tenait un superbe vase de
vermeil, en forme de
cor
de chasse. Ce vase était travaillé avec infiniment d'art et de finesse,
et rehaussé de nombreuses incrustations, surtout de figures d'armes
antiques, de caractères étranges et d'autres images en relief, composant
un ouvrage merveilleux. Il était rempli jusqu'au bord, et la vierge le
tendit au comte en le priant d'y boire pour se rafraichir.
Le comte restait tout étonné de l'apparition fantastique de la vierge au
milieu de la forêt, et il hésitait à ôter le couvercle du
cor.
La soif lui était presque passée. Lors• qu'il eut enfin ôté le couvercle
et agité la boisson avant d'y goûter, la couleur et l'apparence du
breuvage lui déplurent et il refusa de se rendre à la prière de la
vierge. Un éclair de fureur jaillit des yeux de celle-ci, lorsqu'elle
entendit le refus du comte; mais elle se contint aussitôt, et, d'une
voix douce et caressante: « Buvez toujours, seigneur 1 Je vous
donne ma parole que ce sera pour votre bien, non pour votre mal. Dès que
vous vous serez servi de ce
cor
pour apaiser votre soif, vous serez sûr de prospérer, vous et vos
enfants, ainsi que tout le pays
d'Oldenbourg,
et votre puissance et vos richesses ne feront que â accroitre. Buvez,
seigneur! Je ne veux que votre bien! »
Le comte refusa de nouveau, car il avait remarqué le regard courroucé de
la vierge, et, malgré sa beauté et sa grâce, il ressentait un trouble
étrange vis -â-vis d'elle. « Laissez-moi, dit-il, je n'ai plus soif, et
je ne veux pas boire. »
De nouveau la vierge lui lança un regard furieux, et les beaux traits de
son visage se contractèrent d'une étrange façon. Mais elle se contint
comme la première fois, et lui dit, avec la même voix caressante :
« Je vous avertis, sire comte, que si vous refusez mon breuvage, l'unité
s'en ira bien vite de votre maison, et que mal en adviendra à vos
descendants! buvez donc, je vous en supplie !"
Le comte tenait le
cor
de vermeil à la main et scrutait du regard tantôt le breuvage, tant6t la
vierge, d'un air indécis. Enfin, il prit une résolution, secoua le
cor,le
porta à sa bouche, comme s'il voulait y boire, et en versa tout d'un
coup le contenu par-dessus son épaule. Quelques gouttes de la liqueur
mouillèrent le dos de son cheval, et immédiatement tous les poils
tombèrent de la place où avait eu lieu le contact.
La vierge, voyant que ses douces paroles n'avaient abouti à rien, entra
en fureur, et ses beaux yeux jetèrent des éclairs : « Rends-moi le
cor,
ingrat! » s'écria-t-elle.
Mais le comte, au lieu de lui obéir, garda le
cor
dans sa main, donna de l'éperon à son cheval et redescendit au galop la
montagne. Arrivé au bas, il se retourna encore une fois et vit la vierge
qui le menaçait du doigt. Tout de suite après, elle lui tourna le dos et
rentra dans la montagne; le comte ressentit une peur étrange, et
rejoignit au galop les gens de son escorte, qu'il rencontra, à sa grande
joie. Il leur montra le
cor
de vermeil, leur raconta ce qui venait de lui arriver, et leur demanda
si quelqu'un d'eux savait qui était la vierge et ce que cette apparition
signifiait. Les serviteurs du comte demeurèrent tous muets. Enfin, un
vieux chasseur s'avança et dit : « Sire comte, la vierge aux manières
gracieuses doit être la nymphe de l'Osenberg. Mon père m'a parlé d'elle
comme d'un esprit malveillant qui ne songe qu'à mal faire. Remerciez
Dieu, noble sire, de ce qu'il vous a sauvé des pièges de la nymphe ! »
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